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Guérison

Entourage, apparences et TCA

Il y a quelques années, je suis tombée à 34 kg. Je prenais quatre repas par jour, très équilibrés, parfaits pour une personne qui souhaite perdre du poids. Seulement, je suis de plus en plus persuadée que l’esprit peut commander tellement fort le corps, qu’il en porte les stigmates.

J’étais un sac d’os et mon entourage était mort d’inquiétude.
« Elle doit de faire aider, elle met sa vie en jeu, elle doit se faire vomir, elle fait semblant de manger etc ».
J’étais offusquée: les gens me prennent pour une menteuse, personne ne me croit quand je leur dit que je mange et jamais l’idée ne m’était passée par la tête de me faire vomir!
J’ai fini par me faire hospitalisée, avec des médecins me prenant toujours pour une menteuse et manipulatrice. Je me suis retrouvée avec les toilettes fermées, les regards suspicieux des médecins, l’accompagnement à la douche ( et oui j’ai appris que certaines vomissaient leur repas dans les douches. )
J’ai eu une sonde qui passait dans le nez et m’apportait un certain nombre de calories, ainsi que 3 repas par jour. Une difficulté intense pour certaines anorexiques.
Or moi, j’attendais les plateaux repas avec impatience, et je mangeais tout tout tout. Je me rappelle même prendre le reste des voisines… Prémices de la boulimie ?
Peut être.
J’ai repris du poids, mais j’ai quand même continuer à contrôler lorsque je suis passée aux compléments à boire. On les buvait SEULE dans la chambre.
Il m’arrivait de les jeter dans le lavabo.
Je ne suis pas autonome avec la nourriture. Je n’ai pas envie de grossir plus!
Je parle de poids, de nourriture, et l’aspect psychologique?
Un psychiatre venait 15 min une fois par semaine. Ok.

Je suis sortie, mon entourage a repris des couleurs, j’étais sur la voie de la guérison car j’avais repris du poids et réappris à manger.
Si je mangeais 3 pâtisseries devant maman, je faisais son bonheur et elle avait accomplie sa tâche.
Que veux tu que je te prenne à la boulangerie? Et encore maintenant, si j’hésite entre du pain ou un croissant, elle me conseillera le croissant. Bref.

Et puis j’ai reperdu du poids, en appartement seule. Mes repas étaient calculés, mais toujours équilibrés. Le paradoxe: il faut rester en bonne santé et ne surtout pas tomber dans le piège de ma mère.
Re inquiétude de mon entourage.

Seule, j’ai fait des tentatives pour aller voir une psy. Pas de résultats, mais ce désir de s’en sortir.

Et puis pendant 3 mois, j’ai eu une phase où j’achetais des quantités de nourriture au supermarchés 3 fois par jours, et je mâchais et recrachais.
J’avais trouvé la super parade pour goûter aux aliments interdits, sans grossir et sans vomir.
Et puis au moins, mes journées étaient remplies…..

Et un jour, j’enfile un jean et il ne ferme pas. Je réalise que j’avais bien grossi, au moins d’une dizaine de kilos. Une diet me parle d’hyperphagie… Mouais.

Quoiqu’il en soit, ma famille est ravie, je suis sans doute guérie pour de bon!

Et puis je reperds du poids, j’arrête le mâcher/recracher, ou vraiment en toute petite quantité.
Et je reste avec un petit poids pendant une longue période.
Avec ce poids d’un imc de 13/14, je suis maigre. Les gens me regardent dans la rue, je n’ose me montrer en maillot, pourtant je le fais, et je prends l’habitude de ces regards sur moi. Je suis visible.

(Invisible?) ( de toute façon, mieux vaut que mon vrai moi resté caché, car je suis une fille anormale, compliquée, différente et méchante, d’après ce qu’on le dit depuis l’enfance.)
Regards allant du mépris, à la compassion. Je me souviens d’une femme qui est descendue de voiture pour me raconter l’histoire de sa fille qui était anorexique. Qui, après sa être fait suivre par un psy, s’en était sortie.
Moi, très fière, je réponds que moi aussi je voyais plusieurs psy et que j’étais sur la voie de la guérison.
Avec le recul je me rend compte que je mentais. À moi même.
Je gardais un certain jardin secret… Avais je réellement envie de guérir?
Car comment survivre sans amour??

Et puis j’ai sombré dans la boulimie. Des crises allant de une fois par semaine, a 5 fois par semaine, et puis quelques période d’abstinence. Bien sûr les périodes d’abstinence en mode restriction.
Et j’ai fini par reprendre du poids. Jusqu’au moment où j’ai commencé à me fondre dans la masse. Je rentrais dans la normalité. Choc. Ma famille se réjouit à nouveau car je suis guérie vue que j’ai grossi.
Mais je ne veux pas être guérie comme ça!

Ces nuit passées à manger, à essayer de vomir, à remplir de vide immense, cette angoisse, cette solitude ou seule l’étouffement m’apaise, est ce que c’est ça la guérison?

Comment faire passer le message d’appel à l’aide si mon apparence dit le contraire? Plus personne ne pourra me venir en aide! Je me retrouve donc seule, avec la nourriture, et toutes ces années de cris de détresse pour rien.

Je suis juste passée de l’anorexie à la boulimie maman. Je mange ton amour maman.

Alors, dois je finalement passer le reste de mes jours à attendre que ma famille me guérisse?
Cela n’a pas marches jusque là; je ne peux pas attendre de quelqu’un ce qu’il est incapable de me donner, souvent parce qu’il ne la pas reçu lui même.

Alors j ai le choix de continuer à souffrir seule et dans l’apitoiement, ou d’accepter la guérison.
Avec la meilleure des armes:
Le PARDON.